Un nouveau genre bactérien favorable aux diabétiques

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Dysosmobacter welbionis, une bactérie d'un genre nouveau.

Un nouveau genre bactérien favorable aux diabétiques

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« La bactérie qui sent mauvais » ou plutôt Dysosmobacter welbionis, c’est le nom donné à une bactérie qui malgré son nom, pourrait pourtant améliorer la santé de patients obèses et atteints de diabète de type 2.Professeur Patrice Cani.

Une véritable avancée que l’on doit au professeur de l’UCLouvain et chercheur FNRS-Welbio, Patrice Cani qui, avec son équipe, a réussi un exploit rare ; celui d’analyser, isoler, cultiver et définir la fonction d’une bactérie, jusqu’alors inconnue.

Une découverte « totalement fortuite » à laquelle le Professeur ne s’attendait pas du tout et qui intéresse Louvain Coopération, vu son implication dans la lutte contre le diabète à travers le monde.

   Depuis une vingtaine d’années, le professeur Cani travaille sur la question du     microbiote intestinal, un véritable nid à bactéries puisqu’il abrite quelques centaines de milliers de milliards d’entre elles. Loin d’être toutes néfastes, la majorité d’entre elles participent à notre équilibre et à notre santé. Patrice Cani, lui, s’intéresse aux maladies qui sont associées au surpoids et à l’obésité, aux facteurs de risque de maladies cardiovasculaires, dont le diabète de type 2. Dans le cadre de nos actions de sensibilisation au diabète, nous avons rencontré le Professeur pour une interview  sur cette bactérie d’un genre nouveau.

LC : Professeur, comment avez-vous découvert Dysosmobacter welbionis ?

PC : La découverte de cette bactérie est liée à l’identification d’une autre baptisée « Akkermansia » et déjà connue depuis plusieurs années. [NDLR : cette bactérie est actuellement en étude pour le développement d’un complément alimentaire améliorant la santé des personnes atteintes de diabète de type 2]. Alors pour être tout à fait honnête, au départ, on est parti d’une très grosse déception, puisque l’on souhaitait isoler une autre bactérie (liée à Akkermansia), mais on n’y est pas arrivé. En revanche, en isolant près de 600 bactéries, on s’est rendu compte qu’on avait peut-être parmi elles, une autre candidate. Une bactérie qui ne correspondait à rien de connu. C’est-à-dire que c’était une nouvelle bactérie à part entière. Je prends souvent l’exemple, « nous n’avons pas découvert un nouveau type de moustique ou de scarabée, mais nous avons découvert un nouvel insecte. Donc ici, c’est un nouveau genre bactérien ».

LC : Pourquoi lui avoir donné ce nom de « Bactérie qui sent mauvais » ou Dysosmobacter welbionis ?

PC : Ce nom vient du fait que lorsque l’on cultive cette bactérie, elle dégage une petite odeur. Ce n’est pas une odeur spécialement liée aux matières fécales que nous avons utilisées pour l’isoler. C’est une odeur qu’on a qualifiée de pas spécialement sympathique, mais qui n’est pas non plus affreuse. Du coup, on lui a donné un petit nom, Dysosmobacter. « Dysosmo » en grec veut dire qui ne sent pas bon. Et « bacter » pour bactérie. Donc en l’occurrence, bactérie qui ne sent pas bon. Le welbionis quant à lui vient du fait que toute ma recherche autour de cette bactérie est financée, à la fois pas le FNRS, mais aussi par l’institut Welbio, dont je fais partie. Nous avons trouvé que mettre le Welbio à l’honneur était une opportunité.

LC : Est-ce que cette bactérie est présente chez tout le monde ?

PC: C’est justement cela qui est intéressant. Nous avons travaillé avec des banques de données de matières fécales et on a vérifié si cette bactérie était présente dans d’autres populations que la population belge. On a scanné environ 12.000 sujets et on a constaté que 70% de la population présente cette Dysosmobacter dans son intestin. Et quand on regarde de plus près, chez les obèses avec diabète de type 2 (donc pas juste obèses, mais aussi diabétiques), il y en a moins. Il y a donc une corrélation inverse.

LC : Et en quoi est-elle utile contre le diabète de type 2 ?

PC : Nous avons effectué des tests sur des souris rendues obèses et diabétiques. On a vu que les souris qui étaient traitées avec la bactérie grossissaient moins, elles avaient une amélioration de leur diabète, avec une nette amélioration de leur glycémie. À la fois la tolérance au glucose était meilleure mais aussi la résistance à l’insuline. En plus, elles présentaient une inflammation plus basse. L’idée est donc de réussir à identifier quelles sont les molécules produites par cette bactérie qui pourraient avoir des effets bénéfiques sur la santé.

LC : Pourrait-elle l’être pour d’autres choses ?

PC : Nous sommes en train d’explorer d’autres pistes, allant au-delà du diabète de type 2 et de l’obésité. Actuellement, nous vérifions si Dysosmobacter welbionis peut avoir des effets plus spécifiquement sur des maladies comme les maladies inflammatoires de l’intestin. Elle produit également des molécules qui ont des cibles identiques à des thérapies contre le cancer. Est-ce que cela marchera ou pas ? Je ne sais pas, mais c’est une nouvelle voie d’études et de travaux.

LC : Comment cette bactérie pourrait-elle être utilisée sur le long terme ?

PC : On a aujourd’hui la possibilité de produire et cultiver Dysosmobacter à l’échelle du laboratoire. Le milieu de culture est compatible avec une administration chez l’humain, mais la bactérie en elle-même, on ne l’a jamais administrée à l’homme. Et ce, même si nous l’avons dans notre intestin. Les procédures sont assez classiques, nous allons donc d’abord réaliser des tests de toxicologie, qui vont prendre aussi quelques années, pour ensuite la produire à une plus large échelle, pour qu’elle soit alors administrable à l’homme et que l’on puisse faire des tests de premières administrations chez l’homme. On parle donc de perspectives de nombreuses années.

LC : Est-ce qu’on peut déjà savoir s’il s’agira d’un complément alimentaire ou d'un médicament ?

PC : Je suis à ce jour, incapable de répondre. Peut-être que l’on fera les deux.

LC : Peut-on parler d’une solution pour les diabétiques ?

PC : Non et il faut être très prudent. Nous avons trouvé des pistes qui nous permettront d’améliorer sans doute la santé des malades, mais en aucun cas une solution miracle contre le diabète de type 2. Une prise en charge nutritionnelle et thérapeutique classique des malades sera toujours nécessaire.

 

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